Journée internationale de la musique : il faut sauver le dragon de l’économie guinéenne

by Kolazine / il y a 88 mois / 0 Commentaires
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Ce samedi, c’est la journée internationale de la musique. Elle a été instituée en 1982, initiée par le ministre français de la culture Jack Lang. Un regard à la fois critique et rétrospectif s’impose à tout homme de culture …
La majorité des musiques les plus populaires actuellement dans le monde est d’origine africaine, inclusivement guinéenne : du blues au slam, du gospel au rap, du jazz au funk, du son « afro-cubain » à la salsa et cependantt les musiciens guinéens, premiers acteurs de cette progression en sont aussi les premières victimes économiques. Il est donc quasiment impossible pour un musicien guinéen de vivre décemment de son art chez lui. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la majeure partie de l’économie musicale nationale est expatriée et cette tendance ne fait que se renforcer. On considère que plus de 50% des musiciens guinéens attitrés résident à l’extérieur du pays ; 20% réalisent régulièrement l’aller-retour entre leurs pays d’acceuil et la Guinée
Cependant, et ceci est un fait significatif et résolument positif, les musiciens guinéens majeurs qui réussissent dans les pays du Nord réinvestissent en Guinée. Ces acteurs privés, dynamiques, se trouvent toutefois aux prises avec des difficultés énormes, les conditions de développement de leurs entreprises étant l’objet de nombreux obstacles.
Autre élément positif de ces dernières années, c’est aussi le développement significatif de festivals et événements musicaux d’envergure national voire sous régionaux. Sans être exhaustif, citons le festival des voix féminines à Conakry, le Rap festival Hip Hop, Rap attitude, le festival de la musidue traditionelle et des contes…et tant d’autres. Ces festivals permettent de véritables échanges culturels et artistiques et peuvent impulser des initiatives.
Un troisième élément positif qui doit être mis en évidence, c’est la volonté des acteurs guinéens de la musique de se regrouper, se concerter et mener des actions communes : association de managers, fédération d’agences, association d’artistes etc…
Il y a donc, à l’évidence, une forte volonté des acteurs guinéens de terrain de s’impliquer dans le processus d’appropriation des entreprises culturelles, en créant leurs propres structures, en investissant et développant la production artistique locale, en gérant leur patrimoine culturel et en le faisant fructifier nationalement, régionalement et internationalement. Avec en retour, un espoir que ces actions permettront à des artistes africains de vivre décemment de leur art en Guinée.
Dans le secteur des nouvelles formes de distribution numérique, même si la Guinée est encore peu dotée en lignes à haut débit, on souligne avec intérêt la prise en considération de la musique par les réseaux de téléphonie dans le pays. Pratiquement tous les fournisseurs de services mobiles proposent de nombreuses sonneries, à 500 Fg, sur base d’un grand choix de morceaux guinéens.
Une fois ces éléments positifs mis en évidence, il faut ne pas se voiler la face et faire le constat des obstacles, encore très nombreux, qui handicapent la mise en place d’entreprises culturelles viables dans le pays. Si l’on souhaite un développement durable de celles-ci, il est nécessaire de trouver des réponses rapides.
D’abord et avant tout, il s’agit d’une prise de conscience par les dirigeants de l’Etat guinéen, mais aussi des institutions financières nationales et des institutions internationales de l’intérêt de prendre ce secteur en considération. L’Etat devrait savoir que la musique n’est plus seulement une spiritualité en partage, une incantation, un support mystique destiné à honorer les dieux, elle est un « produit culturel », un facteur de développement économique, un « minerai sonore » désormais côté en Bourse. Qui devrait rapporter des milliards de dollars si le pays décidait un jour d’organiser, pour elle-même, un marché de la musique cohérent, riche, rentable, s’il administrait convenablement sa législation, notamment en faveur des créateurs.
Comme on le voit les défis sont énormes. Ils requièrent une concertation de tous les acteurs professionnels et de l’ensemble des organismes publics, voire privés qui sont prêts à soutenir un plan global pour la mise en œuvre d’une politique de développement des entreprises culturelles. Il ne faut pas que cela prenne du temps, nom de Dieu !
Gilles Mory Condé







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Kolazine


Kolazine, ... là où les cultures dialoguent.