Interview: Élie Kamano : « Ce n’est pas un adieu, mais je dis au revoir à la musique »

by Kolazine / il y a 5 mois / 0 Commentaires
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L’artiste guinéen, Élie Kamano compte se présenter aux prochaines élections présidentielles de 2020 dans son pays. En effet, pour être totalement libre, il décide pour le moment de dire ‘’au revoir à la musique ».

Il l’a fait savoir ce wee-kend dans une interview exclusive qu’il a accordé à Afroguinée Magaine©. Lisez !

Parlez-nous un peu de votre actualité

Mon actualité est que je suis en train de convertir de la musique à la politique pour des raisons que le peuple n’ignore point. Mais que je vais approfondir avec le temps, lorsque je vais décider de faire ouvertement la déclaration auprès du peuple guinéen.

L’on a l’impression que ta carrière musicale s’essouffle comme tu signale d’ailleurs, depuis le concert raté de la dédicace de ton album ‘’Malaya’’. Pas de concerts ni à Conakry, ni à l’intérieur du pays. T’en pense quoi ? Veux-tu arrêter carrément la musique ?

Bon, ce n’est pas un adieu, c’est un au revoir. Parce que tout simplement, la Guinée ne nous a pas donné des opportunités que le Sénégal a donné à Youssou Ndour, à Awadi ; que la Côte d’Ivoire a donné à Alpha Blondy et à Tiken Jah ; que le Mali a donné à Sidiki Diabaté.

Guinée est un pays où on ne peut pas éternellement continuer à chanter pour un peuple affamé

Ce n’est pas une question d’Elie Kamano. Lorsqu’on prend l’ensemble des artistes guinéens et qu’on voit le talent, la potentialité qu’ils ont, qu’on voit la créativité dont ils sont dotés, et qu’on voit le niveau de leur évolution, on se rend tout de suite compte, qu’il y a un problème au sein même du système qui ne met pas les moyens qu’il faut, pour soutenir les artistes guinéens pour être à la dimension internationale comme les autres artistes.

J’ai décidé de changer le fusil d’épaule, parce que la chose politique est gérée par des personnes qui n’ont aucun sentiment, aucun patriotisme en eux..

Et donc, moi j’ai 21 ans de carrière, parce que j’ai chanté avec la génération Kill-Point et je fus l’un des précurseurs du hip hop en Guinée. Donc, j’appartiens à deux générations, la première et la deuxième. J’ai eu cette chance mais je me suis rendu compte que la Guinée est un pays où on ne peut pas éternellement continuer à chanter pour un peuple affamé. Et nous les artistes, on connait d’ailleurs les conditions dans lesquelles nous finissons notre carrière.

Plusieurs artistes ont été obligés de lancer des Sos sur les réseaux sociaux compte tenu justement de la mauvaise gestion des politiques culturelles.

Je serai peut-être un futur George Weah…

Voilà pourquoi aujourd’hui, j’ai décidé de changer de cap et de m’engager autrement auprès de mon peuple. Je suis un artiste engagé tout le monde le sait à travers les 90% de mes morceaux. Mais j’ai décidé de changer le fusil d’épaule, parce que la chose politique est gérée par des personnes qui n’ont aucun sentiment, aucun patriotisme en eux et qui, sont en train de dilapider le bien du contribuable au vu et au su de l’élite guinéenne qui a démissionné. Mais moi je refuse cela et je serai peut-être un futur George Weah, on ne le sait pas. Mais pour le moment, je ne dis pas que c’est un adieu à la musique mais je dis un au revoir.

Penses-tu qu’en portant le costume politique, tu pourras faire changer les choses où ta musique n’a pas pu faire ?

La musique adoucit les mœurs, mais elle ne peut pas faire changer systématiquement les choses. La musique jour sur la conscience des hommes et ces hommes sont des décideurs. Dieu nous a donné une conscience afin de connaitre la différence entre le bien et le mal. Mais lorsque les gouvernants écoutent la musique et qu’ils n’appliquent pas ce que l’artiste chante, je pense que cela va au-delà de nos compétences nous les artistes. Ce que je sais faire, c’est chanter et mettre à la disposition des gouvernants et des gouvernés. Maintenant quel est le profit que nous tirons de tout ça ? De ce que je chante, de ce que je dis et ce que je véhicule ? Le profit est que moi Elie Kamano, tous les jours que Dieu fait, à travers mes concerts, mes albums, je me suis en sorti. Mais le peuple en réalité, quel est l’impact positif que cela a sur le peuple du moment où ses conditions de vie ne s’améliorent pas? C’est pourquoi j’ai décidé de mettre au cœur du mal, pour combattre le mal et changer les choses afin qu’on le sente sur les conditions de vie des guinéens.

Quelle lecture fais-tu de l’actuelle situation sociopolitique de la Guinée surtout quand on sait qu’il y’a eu récemment, un revirement au sein de la classe politique. Ceux qui combattaient hier le pouvoir, déjeunent aujourd’hui avec le même pouvoir ? Qu’est-ce que cela te dit ?

Ça veut dire tout simplement que la politique c’est la confrérie des sorciers. Et qu’en politique, 1+1= 0. Et cela, contrairement à la vie courante et à la société normale dans laquelle toi et moi on vit. Ça veut dire qu’en politique, il n’y a de logique, il n’y a pas d’éthique, pas de moral et pas de vertu. C’est ce que moi j’ai compris. Alors, nous, nous allons prouver qu’il y a une autre façon de faire la politique, prouver qu’on peut faire la politique avec le cœur, la sincérité et avec l’amour de notre pays comme Lumumba, Sankara et Sekou Touré l’ont fait. Aujourd’hui, nos politiques sont en train de nous prouver que nous sommes des moutons nous le peuple. Mais ce qu’ils oublient, c’est que le peuple à le pouvoir, la légitimité d’arracher ce qui lui appartient. Le moment venu, je pense que rien ne peut empêcher cela.

En clair, Elie veut carrément se convertir en politique ?

Oui !

Alors, il fut un moment, tu avais annoncé ta candidature à la Mairie de Matoto. Pourquoi as-tu renoncé ?

J’ai reculé parce que tout simplement après mon passage à Boké et à Kamsar, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas être mandaté que pour des populations d’une commune. Parce qu’en devant Maire, je serai mandaté par la commune de Matoto et je ne pourrai pas élargir mon champ d’actions. Et je ne pourrai plus intervenir dans d’autres sujets qui ne concernent pas ma commune. Et Dieu aussi, sachant bien faire les choses, m’a empêché d’aller aux élections communales, vu aujourd’hui les circonstances ou les réalités que nous vivons à travers des résultats qui ne viennent jamais. Parce que le RPG (parti au pouvoir NDLR) a été lamentablement battu dans presque toutes les régions de la Guinée. Sinon, si le RPG avait gagné, les résultats seraient venus le lendemain. Et donc, si ça tarde, c’est qu’il y a un problème. Ils sont en train de voir par quelle magouille il faut faire en sorte que le RPG gagne dans les grandes circonscriptions. Et pour que le troisième mandat, lorsqu’ils viendront ouvertement avec ce projet soit accompagné dans ces zones. Mais nous, on voit déjà les choses venir. Il y a plus d’un an que je suis en train de parler de ce projet de troisième mandat. Mais aujourd’hui, les guinéens sont en train de voir clairement que c’est la vérité. Donc, le fait de reculer face à ma candidature, ne veut pas dire que j’ai été contacté par Paul ou Pierre. C’est m’a conscience qui m’a conseillé de reculer et me préparer soit à la députation ou aux présidentielles.

Donc, Elie Kamano va se présenter aux présidentielles de 2020 s’il y a élections bien sûr ?

Bhai oui ! Pourquoi pas ? Je ne vais pas me présenter en 2020 pour gagner forcément les élections. Mais, il faut tenter, il faut oser inventer l’avenir. Oser dire à ce peuple la vérité. Déjà toi qui a cette exclusivité de cette annonce, tu écartes déjà de rire. Parce que ça veut dire que tu n’y crois. Parce que tout simplement, on nous a fait croire en Guinée que les jeunes ne pourront jamais parvenir à être à la tête de ce pays. Mais ce n’est pas impossible. On a vu George Weah au Liberia qui s’est présenté en 2005 et il a été la risée de ses amis de l’élite libérienne. Mais aujourd’hui, les enfants qui avaient 15 ans en 2005, ils ont eu l’âge de voter et ils ont voté George Weah. Ce jeune il est Président du Liberia aujourd’hui.

C’est quoi alors votre plan en 2020 ?

Je vous assure en 2020, ma première ambition d’abord, c’est de me présenter. Ensuite, je suis sûr que ces jeunes indécis, qui refusent de voter parce qu’ils n’ont plus confiance aux anciens politiques, me suivront. Et je suis confiant avec le temps, on pourra renverser la tendance.

in afroguinee.com







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