Edito de Marco Ibrahim: La démocratie, toujours un luxe pour l’Afrique ?

by Kolazine / il y a 56 mois / 0 Commentaires
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L’épithète maudit ne saurait en aucun cas convenir à l’Afrique. N’en déplaise les pourfendeurs du continent noir. Ce, pour plusieurs raisons, au nombre desquelles on peut citer pèle mêle la richesse des cultures de ses peuples aussi diversifiés que nombreux, sa participation énergique et intelligente à la construction historique de l’humanité, mais aussi et surtout, la richesse de ses sols et sous-sols… Cependant, peut-on, du moins doit-on soutenir la même thèse en qui concerne les fils de ce continent ? La question reste dans l’air. En entendant d’y répondre, une seule certitude demeure, c’est que le continent noir est tout de même malade ! Mais, de ses fils, bien sûr. Les Africains n’entreprenant rien au monde, pour faire rayonner leur continent toujours plus pauvres, toujours plus dépendant des autres qui, aussi grave que cela puisse paraitre, décident de son destin, en son propre insu et au gré de leurs intérêts strictement égoïstes. Pour preuve, pour qu’elle adhère à l’idée de la démocratie pluraliste, on le sait, il lui a fallu des injonctions venant de l’étranger. Comme repère, on cite le plus souvent le discours de la Baule prononcé par François Mitterrand, alors chef de l’Etat français. Dès lors, le processus de démocratisation était devenu irréversible. Conséquemment, les régimes, les présidents africains réfractaires et les leurs ont fait les frais, comme annoncé, de leur incrédulité. Certains, comme le général Moussa Traoré du Mali, sont passés dans la casserole de l’histoire, après avoir été éconduit du pouvoir suite à des mouvements d’insurrection. Tant bien que mal, le vent de la démocratie finira tout de même par se répandre sur le continent africain. Même s’il est vrai que certains dictateurs, jusque pour se maintenir au juchoir, se sont contentés de changer de costume. En s’évertuant à mettre en place une démocratie hybrides, disons, à l’africaine. Une stratégie qui a, pour un début, a marché à merveille dans bien des cas. Avant que le stratagème, un à un, ne s’écroule comme château de cartes. Certains observateurs ont vite fait de dire que la démocratie est un luxe pour l’Afrique !
Pour nombre d’observateurs, le Burkina Faso, restait un des ilots de cette façade de démocratie. En réalité, dans ce pays enclavé de l’Afrique de l’Ouest où il n’y a jamais eu d’élection démocratiquement transparente, libre et équitable, la stabilité relative ne pouvait que s’estomper un jour. Avec elle, tout le régime qu’elle symbolisait et le Président Blaise Compaoré qui l’incarnait. Un des chefs d’Etat africains qui, selon de nombreux observateurs, avait pourtant une lecture lucide et claire des réalités politiques du continent. Ce qui lui a d’ailleurs valu d’être très souvent désigné comme médiateur dans les crises politicoethniques et économiques qui ont le plus souvent étouffé la sous-région ouest-africaine. Une mission qu’il a accomplie bien souvent à la satisfaction des protagonistes, des populations des pays concernés et même de la communauté internationale. Mais, avec le temps, l’on vient de se rendre compte que le président Blaise Compaoré n’avait pas une maitrise parfaite de son propre jardin. Ou qu’il n’avait pas toujours bien balayé devant sa maison avant de s’attaquer à celle des autres. Parce qu’en réalité, la puissante mobilisation du jeudi 30 octobre 2014 des burkinabè, spontanée qu’elle était, s’explique moins par une quelconque capacité des opposants au régime en place que par le ras le bol général engendré par l’usure du pouvoir provoqué par le temps. C’est comme si, contre toute attente, le ciel est tombé sur la tête du tombeur du capitaine Tomas Sankara, le révolutionnaire. Sinon, il est fort à parier que s’il n’était pas aveuglé par le pouvoir, Blaise Compaoré aurait consenti tous les sacrifices du monde, pour ne jamais sortir par la petite porte de l’histoire. En Afrique, on appelle cela le destin.
Marco Ibrahim







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Kolazine


Kolazine, ... là où les cultures dialoguent.