Interview : Ibro Diabaté : « le BGDA est corrompu»

by Kolazine / il y a 57 mois / 0 Commentaires
#

Diabaté est sans doute l’une des vedettes les plus constantes de la Guinée, ces albums ont tous retenu l’attention des mélomanes d’ici et d’ailleurs tellement les arrangements sont carrés le tout sur une voix mélodieuse. Après l’avoir cherché depuis plusieurs mois, on l’a retrouvé cette semaine dans un restaurant à Kaloum, précisément au quartier Sans Fil chez madame Adama Tawel Camara. Dans une interview qu’il a bien voulu nous accordée, Ibro Diabaté parle, entre autres, de son absence, de son nouvel album, de la musique guinéenne mais aussi de nos chefs.

Il y a très longtemps qu’on n’a vu Ibro sur la scène guinéenne, qu’est ce qui explique cette absence ?

Oui ça fait longtemps que j'ai disparu de la scène guinéenne, mais pas de la scène mondiale. L’essentiel pour moi, il faut être constant on dit que pour mieux sauter il faut bien reculer. Ibro est un artiste qui dans son genre n’imite pas quelqu’un, sans me lancer des fleurs, je suis né griot mais je suis à la fois artiste. Dans mon art, j’ai cherché à imposer ma langue maternelle qui est le Diakhanké mais aussi la langue sosso.
Je suis auteur-compositeur confirmé, mais il faut que je trouve aussi une structure qui peut propulser la musique guinéenne et lui donner toute sa dimension.
Aujourd’hui nous constatons que la culture n’est pas considérée en Guinée, la preuve en est que tout récemment nous avons assisté à la mort de plus 30 personnes à la plage de Rogbanè, cela est dû au fait que les infrastructures adéquates ne sont pas construites pour les artistes que nous sommes. Mais on comprend que c’est aussi l’image du changement, les différents décrets n’ont rien changé.
Je ne suis pas timide, je ne suis pas chaud, je ne suis pas calme mais je suis au juste milieu. Mon recul aide beaucoup la révolution « Ibromania», parce que "Ibromania" c’est une République dans un Etat.


Vous dites que les décrets n’ont rien changé, est ce que vous voulez dire que les Ministres qui sont nommés à la tête de la culture en Guinée ne sont pas à la hauteur ?

Il faut nommer l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. Moi je crois que tout cela c’est au sommet, on dit que le serpent c’est la tête. Il faut qu’on revoie ce changement-là. On est à plus de trois ans de pouvoir, il n’y a plus de festival, il n’y a plus de quinzaine, il n’y a plus de match de foot inter-quartiers, c’est pourquoi les enfants s’enfoncent aujourd’hui dans les vices, ils jouent dans la rue. On parle du Ministre de la jeunesse, mais où sont les jeunes ? Comment ils se comportent aujourd’hui ? Ce sont ces questions qu’on doit se poser aujourd’hui au lieu d’écrire des livres ou lire de beaux discours. La seule femme que je respecte dans l'équipe, c’est la Ministre de l’environnement Hadja Kadiatou N’Diaye qui nous dit de cesser de construire au bord de la mer, mais elle n'est pas comprise.

Vous disiez que vous n’êtes pas absent sur le plan mondial, est ce que cela veut dire que vous avez fait beaucoup de choses à l’extérieur du pays ?

Oui parce que je suis sur les plateaux, j’ai le contrat de ''Nuits d’Afrique'', j’ai le contrat en France avec Ariston, une grande maison de production, j’ai beaucoup de contrats et je joue beaucoup ailleurs. C’est le manque de communication qui fait que les gens ne sont pas au courant. C’est ça le gros des problèmes et c’est une grande faute de n’avoir pas mis les communicateurs guinéens dans de bonnes conditions de travail.

A quoi vos fans peuvent-ils s'attendre dans les mois à venir ici en Guinée ?

Je veux terminer l’année inch Allah avec mon album ''Déranger pour arranger''. Mais je ne peux pas vous donner en détail tout le programme. On dit qu'il vaut mieux laisser quelque chose qu’on ne peut pas arranger que de la déranger sous prétexte qu’on veut l'arranger, alors que pendant des années on ne parvient pas à le faire. Autre interprétation, c’est quand un homme traumatise une fille et vice versa. Je suis à l'école du quotidien de l’homme et c’est ça Ibro Diabaté.

Vous voulez dire que d’ici à la fin de l’année 2014 votre album sera disponible ?

Oui, parce que j’ai vu beaucoup de choses, j’ai écouté beaucoup de sons et j’encourage beaucoup les artistes en herbe. Cela fait 22 ans que tous les morceaux que j’écoute contiennent tant soit peu un rythme, une parole ou une phrase d’Ibro Diabaté. Moi je crois qu’un voleur ne vole pas un voleur, un pauvre ne vole pas un pauvre, c’est bien parce que quand tu ne connais rien qu'on ne te vole pas, mais il faut à côté préserver les droits de l’artiste. C’est le rôle du bureau guinéen des droits d’auteurs(BGDA) qui malheureusement ne travaille pas comme il se doit. Mais le BGDA est aujourd’hui corrompu, le droit d’un artiste par an ici en Guinée n’atteint même pas un million de francs guinéens, alors qu’en Europe on est payé par la SACEM comme aux Etats Unis d’Amérique et à chaque trimestre quand on est vendu, l’argent est validé. Il y a aussi des artistes qui se réclament griots et qui flattent un chef d’Etat même s’ils ne connaissent pas le parcours de ce dernier, et ça c’est très dangereux.

Quelle lecture faite vous de la musique guinéenne actuelle ?

Prenons un peu le Sénégal ou la Mauritanie, les artistes de ces pays là sont restés enracinés dans leurs traditions, quant à nous les artistes guinéens, on stagne, on se met pas à singer simplement ce qui se passe autour de nous. Chanter pour avoir une maison, chanter pour avoir une voiture, aller dans les foyers pour faire les louanges des femmes.

Vous voulez dire que les artistes guinéens ne travaillent pas ?

Non les artistes guinéens ont la volonté de travailler, mais ce sont les gens qui utilisent les instruments modernes qui les tuent. C’est le synthétiseur, c’est le clavier et avec ça on ne sent pas la musique du terroir, les voix sont souvent filtré au point qu’on ne reconnait plus la personnalité de l’artiste.

Aujourd’hui il y a beaucoup d’artistes qui ont apporté leur contribution pour la lutte contre Ebola à travers des chansons, étant une grande voix de la musique guinéenne est-ce que vous mijotez quelque chose pour la sensibilisation contre Ebola ?

Oui j’avais pensé et je l’ai dans mon esprit, vous savez moi avant de m’engager dans quelque chose il me faut beaucoup d’observations. Quand j’ai voulu chanter un morceau sur Ebola les gens m’ont conseillé de rester tranquille parce qu’on ne sait pas ce qui se passe. A partir du moment où le problème est devenu maintenant mondial, je vous informe que dans une semaine vous allez écouter le morceau Inch Allah.

L’album ''Déranger pour arranger'' est produit par quel label ?

C’est moi-même qui ai fait mon album, mais je veux faire une coproduction et cherché mon arrangeur en même temps. Personne ne peut produire en Guinée,parce qu’il n’y a pas de producteur de musique en Guinée, ce sont des faux types. Comment on peut amener Youssou N’Dour en Guinée à des milliards avec Orange et Alpha Blondy en politico-culturel décaisser un million de dollars dans notre banque centrale. L’argent-là est parti où et Alpha était venu pourquoi ? En tant qu’ambassadeur culturel, chanteur de l’Afrique, où est l’argent-là ? C’est ça mon problème. Il ne faut pas qu’on mente aux gens, on vient te prendre en te disant qu’on va t’imposer dans le Mandingue.
Mais moi je ne suis pas inquiet avec mon album, il sera vendu partout dans le monde à travers mon image, mes contacts et le contenu de mes chansons.

L’album sera arrangé par qui ?

Il y aura plusieurs arrangeurs, le Maestro Boncana Maiga qui va apporter son grain de sel en tant que doyen, moi je serai co-arrangeur et d’autres artistes seront invités comme assistants.

Il y aura combien de titres ?

Je ferai 10 titres

Est-ce que c’est la même coloration qu’on va retrouver ?

Chaque album a une coloration, ce qui est dangereux pour un artiste c’est de perdre sa personnalité.

Un message à vos fans ?

Mes fans sont là et ils sont très fidèles à moi, J’ai créé mon fan's club en 1988, de Matongué jusqu’à Ibromania. Les femmes étaient à 92 pour cent, plus les enfants. Et puis il y a eu d’autres fans qui m’ont aimé à travers ma voix qu'ils apprécient beaucoup.
Propos recueillis par Samba Marco







Commentaires

Kolazine


Kolazine, ... là où les cultures dialoguent.