Interview : Zenab Kouyaté, artiste chanteuse: « la musique guinéenne en France ne marche pas beaucoup ».

by Kolazine / il y a 54 mois / 0 Commentaires
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Zenab Kouyaté connu sous le nom de Zenab Gbengbé so Ayama est l’une des artistes chanteuses guinéennes de la jeune génération qui ont eu plus de succès dans les années 1992. Son premier album « Gbnengbé so Ayama» auquel elle doit toute sa notoriété était très apprécie des mélomanes de son pays natal. Fraichement revenue de la France, Zé a bien voulu nous accorder une interview au cours de laquelle elle nous parle de son aventure, de la musique guinéenne en France, de l’objectif de sa visite en Guinée et de ses projets. Lisez plutôt.
L’on apprend que vous revenez de la France, dites nous depuis combien de temps vous y résidez ?
C’est depuis 2001 que je suis partie en France, mais je faisais des vas et viens. C’est quand j’ai perdu mon papa qui était tout pour moi que j’ai décidé de m’y installer.
Est-ce qu’on peut avoir une idée sur cette nouvelle aventure de Zenab Kouyaté ?
Bon quand je suis allée en France j’ai toujours continué dans la musique, faire des concerts et des chœurs pour certains artistes guinéens et européens en studio. En même temps j’ai profité pour m’inscrire dans une école de formation professionnelle parce que la musique ce n’est pas tous les jours.
Quels sont les différents concerts et albums auxquels vous avez participés ?
J’ai fais le concert des ressortissants guinéens de Grenoble organisé par des jeunes étudiants guinéens qui se passe d’ailleurs à chaque année. J’ai fait aussi beaucoup de concerts à Paris.
Vous avez participé à combien d’édition avec ces jeunes ?
Je n’ai fait que 2 éditions respectivement en 2013 et en 2014.
Tout à l’heure vous nous parliez d’une formation que vous faites, il s’agit de quelle formation ?
D’abord ici en Guinée j’ai un diplôme en BTS informatique de Gestion, donc quand je suis allée en France je me suis dit bien que je suis une artiste et c’est un métier qui m’a ouvert le monde, j’ai demandé à m’inscrire dans une école de formation professionnelle pour que je puisse avoir un travail. Donc c’est cette formation que je suis entrain de faire en informatique de Gestion.
Vous avez fait déjà combien d’année de cette formation?
Pour le moment je n’ai pas duré, quand je venais de commencer je bougeais trop, en Allemagne dès fois en Italie ainsi que certains pays pour des concerts. Donc pour le moment je n’ai fais que 3 mois et j’en ai encore pour 6 mois pour terminer.
Quels sont les albums dont vous avez fait les chœurs ?
Bon y’en a qui ne sont pas sortis encore et d’autres que j’ai fait avec des blancs que je ne connais pas. Vous savez souvent quand ils besoin des choristes, ils peuvent nous contacter pour juste venir jouer après ils nous payent, donc je ne cherche pas à connaitre trop l’artiste.
Mais il y’a une fille guinéenne aussi qui arrive très bientôt dont je me réserve de dévoiler le nom, mas c’est une certaine Camara, j’ai fait tout son album de 10 titres.
Comment se comporte la musique guinéenne en France ?
Il ne faut pas se voiler la face, mais la musique guinéenne ne marche pas beaucoup en France. Parce que nous les artistes guinéens on n’aime pas sortir. Quand vous prenez 10 artistes guinéens, peut être que vous en trouverez 2 ou 3 qui font des concerts avec des blancs. Nous les artistes guinéens c’est toujours des baptêmes et des mariages, c’est bon de faire tout ça, parfois moi-même on m’invite dans les baptêmes, mais j’aime aussi être avec d’autres musiciens étrangers, pour que la musique guinéenne soit connue partout à travers le monde. Il ne faut pas rester en Guinée seulement, je prends un exemple sur Bambino ou encore Oudy premier qui fait un peu le couper-décaler mais qui est vraiment vu.
Vous voulez dire que ça ne travaille beaucoup chez les guinéens ?
Non ça travaille bien mais c’est qu’on n’est juste entre nous les guinéens. Moi je veux qu’on sorte comme les maliens.
Selon vous qu’est ce qui explique cela, est ce que c’est du à la qualité des œuvres que proposent les artistes guinéens?
Non on chante très bien, je peux dire que les artistes guinéens sont meilleurs par rapports aux autres. Les femmes chantent très bien et les hommes aussi sont nickels. Mais le problème est qu’il y’a certains parmi nous qui ne veulent pas évoluer, ils veulent juste rester là. Des fois il y’a des managers qui leurs proposent d’aller jouer dans des grands endroits mais ils préfèrent jouer dans des baptêmes ou encore dans des mariages. C’est normal parce que nous sommes des griots et c’est notre métier, mais quand on vous demande de jouer avec d’autres personnes acceptez. Et quand vous êtes en studio, cassez le rythme pour que ça puisse un peu marché à travers le monde. Moi par exemple je fais la musique traditionnelle et moderne, et je veux que la France écoute ma musique.
Il ne faut pas avoir le complexe, moi je ne sais pas chanter comme les grandes stars mais ce que je sais faire, j’ai envie quand même que cela soit écouté un peu partout.
Quel est l’objectif de votre visite en Guinée cette année?
Je suis là pour rendre visite aux parents et j’ai prévu aussi de faire ma maquette prendre le back up et l’amener à paris pour le mixage. Aussi comme je suis venue trouver que la situation d’Ebola est devenu inquiétante, je me suis dit de sensibiliser les gens parce que j’ai vu que beaucoup ne croient pas en l’existence de cette épidémie, certains même pensent c’est une chose montée de toutes pièces. Donc j’ai fait un morceau de sensibilisation contre Ebola et après je continue en studio pour la maquette de mon troisième album.
La sortie de ce 3ème opus est prévue pour quand ?
Peut être ça sera l’année prochaine si tout se passe bien.
Est-ce qu’on peut avoir une idée de cet opus ?
Il y aura beaucoup de featuring et la présence de beaucoup de genres musicaux entre autres, le manding, le zouk et le couper-décaler. Donc chacun va se retrouver dedans, moi j’ai le sang chaud quand je fais quelque chose il faut que les gens bougent.
Votre premier album avait beaucoup marché, mais quant au 2ème ce n’était pas le cas. Qu’est ce qui explique cela?
Il faut dire la vérité, mon 2ème album n’a pas du tout marché et cela est du le fait qu’ils m’ont trop fatiguée dans les studios où j’ai travaillé. J’ai beaucoup changé de studio lors de l’enregistrement de cet album tellement les gens en Guinée ne sont pas sérieux. Si ce n’est pas un problème de courant, c’est un autre problème, cela n’est pas bon pour un artiste. Par contre mon premier album je l’ai fait dans un seul studio (JBZ) d’Abidjan, mais vous avez vu ce que ça donné.
Ce 2ème vous l’avez fait dans quels studios ?
Je préfère garder ça pour moi pour ne pas faire fuir leurs clients, mais vraiment il y’a des studios en Guinée qui ne travaillent pas du tout bien. Ils vous prennent de l’argent et finalement ils vous compliquent la tache.
Votre premier album était composé de combien de titres et qui l’a arrangé?
Mon premier album était composé de 8 titres, arrangé par l’ivoirien Panfil de Sonza et produit par Alpha Traoré (Jim’s) de Ninibou Production.
Quant au 2ème album, il a été produit par Adama Tandjigora, un monsieur qui m’a beaucoup soutenu à Paris. C’est lui qui me cherchait des contrats laba, il est comme mon père à Paris.
Les projets à court, moins et long terme de Zenab Kouyaté ?
Je suis artiste, j’aime mon métier et peut être je vais le pratiqué jusqu’à ma mort. J’aime la musique parce qu’elle m’a tout donné. Mais à coté si Dieu me donne longue vie j’ai envie de me lancer dans d’autres choses par exemple le transport ou dans les trucs de beauté comme déjà j’ai un salon de coiffure. En Afrique ce n’est pas facile de vivre de son art, une fois que vous sortez il faut chercher des sources de revenu. Comme ça quand je vieillie je n’irai pas chez les gens pour quémander?
Votre salon se trouve ici en Guinée ?
Oui c’est ici.
C’est quoi le nom ?
Gbéngné So Ayama beauté (rire) situé à Kissosso chez moi.
Qu’en dites vous par rapport au drame de Rogbanè qui a couté la vie à plus de 30 jeunes ?
Quand j’ai entendu pour la première fois, je suis tombée malade, mais je me suis dit que c’est le destin et le destin est inévitable. Dieu l’a voulu ainsi donc il faut qu’on l’accepte. On peut être chez soi et qu’une voiture vient vous rentrer dedans, moi je me dis que c’était leur tour qui était arrivé. Il faut donc qu’on pardonne et qu’on fasse des sacrifices pour les victimes.
Votre dernier message ?
Je dirai à nous les artistes guinéens de se donner la main, qu’on s’accepte, qu’on écoute et qu’on cherche aussi à voir ailleurs. Il ne faut pas seulement se concentrer à la Guinée, il faut sortir et faire d’autres musiques pour être connu dans le monde entier.
Je dis toujours aux artistes quand vous sortez un album et que ça connaisse un succès, cherchez à avoir une source de revenu. Ne vous contenter pas seulement de votre notoriété, cherchez à faire autre chose qui n’a rien à voir avec la musique. On voit beaucoup d’artistes qui fonctionnent comme ça. Beyoncé par exemple, c’est une grande vedette de la musique mais elle fait d’autres choses, elle a sa propre ligne de vêtements, elle a une boite de nuit qui lui rapporte beaucoup. C’est donc ce conseil là que je donne à mes frères et sœurs artistes, continuez à chanter on n’est né dans ça mais à coté faites autres choses aussi.
Propos recueillis Samba Marco







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